Japon% – A Link to the Past

Lorsque ce jeu emblématique de la Super Nintendo est sorti aux États-Unis et en Europe il fut sous-titré « A Link to the Past » que l’on peut comprendre comme un jeu de mot : Link, qui signifie lien ou chaînon en anglais est également le nom attribué au héros de la franchise. Le sous-titre se lit alors aussi bien « un Link dans le passé » que « un lien vers le passé » même s’il s’agit là d’un choix assez curieux ma foi. Le jeu dispose de deux mondes, un de lumière et un de ténèbres, et il semblerait que les traducteurs aient eu l’impression que le monde des ténèbres se situait dans le passé, ce qui n’est pourtant pas le cas. Il est dominé par Ganon qui est certes très ancien, mais Link ne revient à aucun moment dans le passé.

Le sous-titre original du jeu n’a d’ailleurs rien à voir avec sa traduction. Il s’agit en japonais de 神々のトライフォース que l’on peut traduire par « La Triforce des Dieux, » un sous-titre peut-être un peu plus pompeux mais au moins parfaitement logique. Pourquoi les traducteurs ont-ils opérés un tel changement ? Je ne peux rien affirmer, mais comme nous allons le voir le jeu a été dépouillé de ses nombreuses références religieuses pour sa sortie hors du Japon, et je suppose que la mention de dieux dans le sous-titre n’était pas du goût de tout le monde.

Mieux comprendre l’histoire


En réalité, la traduction du jeu est plutôt bonne. Il faut dire qu’à cette époque Nintendo commençait à prendre au sérieux les localisations de ces jeux et cela se ressent : On est très loin des incohérences des jeux NES et l’histoire est vraiment bien préservée, si l’on omet la censure. Somme toute, de légers détails viennent apporter des nuances qu’il me semble intéressant de soulever.

Avant d’entrer dans le détail, résumons rapidement l’histoire du jeu. Le bandit Ganondorf trouve un portail menant à la terre promise où est cachée la Triforce capable d’exaucer les souhaits. Assoiffé de pouvoir il corrompt cette terre en un monde de ténèbres dont il obtient le contrôle et devient Ganon le roi des démons, mais il ne trouve pas le moyen de revenir dans son monde d’origine. Cependant des forces démoniaques parviennent à s’en échapper et l’entrée de la terre promise est scellée par sept sages. Des générations plus tard, au moment où le jeu se déroule, Ganon parvient à prendre le contrôle d’un certain Agahnim dans le but de capturer les héritiers des sages ayant créés le sceau afin de le dissoudre. Heureusement, Link se révèle être le Héros de la prophétie, destiné à le vaincre, celui-ci découvrant être le dernier descendant d’un clan de valeureux chevaliers.

Le Pouvoir du Sang

Ceci étant acquis, examinons nos détails. En premier lieu, on notera que Ganon (via Agahnim si vous avez bien suivi) ne cherche pas simplement des descendants des septs sages comme nous dit la version américaine mais les descendantes, car il s’agit bien de jeunes filles (娘達). On sait que d’autres descendants sont également en vie : le doyen du village Sahasrahla, le vieil Aginah caché dans le désert, et sans doute le vieil homme de la montagne puisqu’il est le grand-père d’une des jeunes filles enlevées. On peut supposer que sacrifier une jeune vierge (on suppose qu’elles le sont car le terme utilisé en japonais est spécifique aux jeunes filles et non aux femmes) est plus dramatique et peut-être un cliché aussi pertinent en occident qu’en orient.

Mais dans ce cas, pourquoi les autres descendants se cachent-ils ? Et cela ne fait aucun doute. Lorsque nous sommes à la recherche de Sahasrahla, la vieille femme nous précise qu’il a quitté le village lorsqu’Agahnim a commencé à collecter ses victimes, et le doyen lui-même nous dit que d’autres descendants se cachent des gens du château. Ce qui est intéressant c’est qu’en japonais deux termes différents sont utilisés : 賢者のしそん (descendant des sages) pour parler de Sahasrahla ou d’Aginah, mais 賢者の血をひく娘 (jeune fille héritière du sang des sages) ; il y a donc bien une différence qui s’est perdue dans la traduction. Le concept du sang revient à plusieurs reprises dans le jeu et il semble que ce soit lui qui soit porteur des pouvoirs magiques que les vieux Hyliens pouvaient utiliser jadis. Alors peut-être que ces jeunes filles sont issues d’une lignée plus pure ? Ou peut-être que le sang des sages ne manifeste de pouvoirs que chez les femmes ? Le mystère reste entier hélas, le jeu n’en dit pas plus.

Des Armoiries et du Temps

Dans la première partie du jeu, Link doit récupérer des pendentifs afin de pouvoir retirer l’épée légendaire de son piédestal. Bien que la version japonaise utilise le mot pendentif dans le menu pause, elle utilise le mot 紋章 dans les dialogues, ce qui nous indique que ces pendentifs sont également des armoiries (c’est le sens de ce mot). Ainsi le pendentif du courage sert également d’armoirie aux chevaliers d’Hyrule, et le pendentif de la sagesse sert d’armoirie aux sages. Il reste alors les armoiries de la force que l’on trouve dans le palais du désert… rien n’est jamais dit sur celles-ci curieusement.

Lorsque Sahasrahla nous explique l’origine du pendentif du courage, il nous dit dans la VA que cela se déroulait il y a trois ou quatre générations, une époque bien plus précise que dans la version originale qui se contente de dire その昔 (jadis, autrefois). De fait il nous est impossible de dire depuis combien de temps Ganon est enfermé dans le monde des ténèbres.

L’Erreur de Ganon

Une des jeunes filles que l’on sauve nous explique que Ganon n'avait pas prévu que [Link] n'arrive si loin cependant le texte original dit あなたの事を知らなかったのはガノンのミスだったわね ce qui se traduit en « l’erreur de Ganon a été de ne pas savoir que tu existais. » La nuance est intéressante à mon sens car le texte anglais laisse penser que Ganon connaît l’existence de Link et l’a sous-estimé alors que le texte original nous précise bien qu’il l’ignore. J’irais même plus loin. Lorsque l’entrée de la terre promise a été scellée, une grande bataille pris place contre les démons et le clan des chevaliers a presque été entièrement décimé. Tellement décimé que Link en est le dernier représentant à la mort de son oncle.

Rappelons que d’après la prophétie, si la Triforce tombe dans les mains d’un homme au cœur impur, seul le Héros peut lui barrer le chemin et que ce Héros ne peut apparaître qu’au sein de la lignée des chevaliers. Il y a fort à parier que Ganon connaissait cette prophétie et qu’il ait fait envoyer ses démons pour justement éradiquer les chevaliers et s’assurer n’avoir aucun adversaire. Ainsi son erreur est évidente : celle d’avoir laissé des survivants. Vous voyez que la nuance est importante !

La Vraie Nature du Mal

Soit dit en passant le jeu n’explique pas comment les démons ont pu s’échapper du monde des ténèbres, ni comment Ganon a réussi à contrôler Agahnim sans le quitter alors même que personne ne semble être capable d’en revenir, pas même Ganon ! Cela s’explique à mon sens grâce à l’enfant malade du village, celui qui nous prête son filet à insecte. Cet enfant nous explique ainsi son état : 森や、山からながれてくる、魔物の気にやられたんだろうってみんな言ってるけど que je traduis en « Tout le monde dit que j’ai été affaibli par l’énergie néfaste qui s’écoule de la forêt et de la montagne mais… » et qui a été traduit dans la version anglaise par Les gens disent que j’ai attrapé ce rhume à cause du mauvais air qui vient de la montagne. Pour moi c’est évident, la VO établit que l’énergie maléfique de Ganon est capable de s’échapper du monde des ténèbres et que cette énergie corrompt les hommes. Ainsi aucun démon ne s’est réellement échappé du monde des ténèbres, mais des hommes ont été transformés en monstre dans le monde de la lumière par l’énergie de Ganon. Voilà qui réconcilie tout !

Les Dernières Nuances

Reste ensuite quelques véritables nuances que l’on peut noter. Une erreur de traduction par exemple lorsque qu’une des jeunes filles libérées explique à Link qu’il possède le Miroir Magique et que s’il le maîtrise comme seul le Héros peut le faire, il peut naviguer entre les mondes et débusquer les démons. Le miroir est spécifiquement nommé マジカルミラー mais le traducteur n’a pas dû y faire attention puisque la version anglaise explique que Link possède des pouvoirs magiques, que seul le héros peut utiliser à plein escient.

Une autre de ces jeunes filles parle de la prophétie en disant que le Héros doit apparaître pour vaincre l’homme à l’origine du cataclysme, mais la version anglaise ajoute une nuance absente du texte original en disant que lui seul doit faire face [à Ganon] ce qui sous-entend que Link doit se battre seul. Pour le coup, Link se bat seul, mais ce n’est pas une obligation disons.

Une dernière explique que Ganon a scellé les jeunes filles dans les cristaux quand il n’avait plus besoin d’elles et qu’une fois celui-ci vaincu elle retouvera sa forme d’origine. Mais elle est moins sûre d’elle dans la version originale もとの姿に戻れるでしょう (je devrais retourner à ma forme d’origine).

Un dernier point à soulever : Les derniers mots de l’oncle de Link semblent révéler un lien entre Link et Zelda, en tout cas dans la traduction. L’homme trépasse en disant Zelda est ta… ce qui personnellement me ferait penser à un lien de parenté. Zelda est ta sœur, Zelda est ta… destinée ? Si cette phrase est si mystérieuse et incohérente c’est parce qu’elle est mal traduite pour le coup. Dans le texte original il s’agit de la phrase suivante お前は、姫の… ce qui donne de manière très littéraire « Tu es le … de la princesse » ce qui me semble plus pertinent. On peut très facilement imaginer que l’oncle essayait de dire que Link était le dernier espoir de la princesse. D’autant que la phrase précédente est sauve la princesse.

Religion ? Censurée !


Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, la religion joue un rôle important au sein d’A Link to the Past, aspect qui a été retiré des versions occidentales. Cette forme de censure était monnaie courante à l’époque, Nintendo ne souhaitant pas offenser l’Amérique puritaine. Passons en revue ce qui a été ainsi modifié.

La Triforce en premier lieu, est bien une force divine, comme le sous-titre nous l’évoquait dans la première section. Cet aspect est en partie conservé dans la version américaine lorsque la cinématique de début nous parle d’une force omnipotente et omnisciente deux attributs fortement réminiscents de la définition que l’on donne d’un Dieu. Seulement il s’agit bien là de la seule notion vaguement théologique que l’on peut encore trouver dans la traduction.

La version japonaise précise par exemple que cette Triforce est dissimulée dans la terre sainte ou terre promise (聖地) ne laissant aucun doute sur sa nature, alors que la traduction évoque tantôt une Terre Dorée puis une Terre de la Force Dorée. L’esprit de la Triforce nous l’indique également à la fin du jeu トライフォースは神があたえし soit « la Triforce est conférée par les Dieux, » une phrase entièrement omise de la traduction.

La composante religieuse se retrouve ensuite dans de plus petits détails. Agahnim n’est plus un prêtre (司祭) mais un magicien, l’église (教会) devient Sanctuaire avec majuscule et son révérend (神父) devient un simple vieil homme quand le jeu prend encore la peine de le mentionner. Dernier détail, le palais de l’Est, premier véritable donjon du jeu, est appelé temple (神殿) à la différence des autres donjons. Sans doute un monument religieux hérité du peuple Hylien. Sans surprise, sa version dans le monde des ténèbres utilise le même terme, ヤミの神殿 soit Temple des Ténèbres.

Un dernier point quand même. Je ne suis pas vraiment sûr de mon coup, mais je pense que le nom de la montagne a lui aussi été victime d’une censure religieuse. En effet, dans la version japonaise la montagne s’appelle ヘブラの山 soit le Mont Hébra. Le terme de Montagne de la Mort n’est utilisé que pour parler de la montagne dans le monde des ténèbres et toutes les références au Mont Hébra ont été ainsi remplacées. Hébra étant très proche d’Hébreux… j’ai envie de parler de censure plus que de confusion du traducteur.

Violence ? Censurée !


Les jeunes japonais sont-ils moins impressionnables que les jeunes occidentaux ? Peut-être dans la tête des traducteurs, car des détails croustillants ont été retirés du jeu. Le prêtre Agahnim offrant des jeunes filles en sacrifice (イケニエにささげる) ? Trop violent ! La version américaine se contente de dire qu’elles disparaissent ou qu'il leur a fait… quelque chose.

On trouve même quelques insultes ça et là. Le jeune garçon transformé en démon dans le monde des ténèbres traite Link de ヤロー (bâtard) mais ce n’est rien à côté de ce qui sort de la bouche d’Agahnim et de Ganon… Ce premier nous lâche un くさばれ traduit en VO par prépare toi à rencontrer la mort ce qui n’est pas entièrement faux mais… cette expression est très vulgaire en japonais. Elle signifie certes « meurs » à l’impératif, mais avec une signification qui va du va au diable à va te faire foutre.

Quant à Ganon il traite Link de gamin (コゾウ) traduit plus amicalement en garçon et utilise le très méprisant pronom きさま qui de nos jours est une véritable insulte allant de bâtard à fils de pute… Mais à l’origine ce mot était utilisé par les nobles et était considéré comme respectueux. Étant donné l’âge de Ganon et sa tendance à utiliser des termes archaïques il est possible que dans sa bouche ce soit une forme d’adresse assez respectueuse. Ce qui colle bien avec le reste de ces dialogues comme nous le verrons par la suite. Insultant, mais avec un sous-texte de respect si cela a du sens.

Politique ? Censurée… ?


Dès la cinématique d’introduction le jeu nous parle d’un royaume que nous connaissons bien : le royaume d’Hyrule. Mais d’où nous vient ce nom ? La version japonaise le nomme ハイラル ce qui diffère sensiblement de la traduction. En effet, Hyrule (prononcé à l’anglaise soit aille-roule pour nous autres francophones) s’écrirait en japonais ハイルル. Vous voyez ce caractère différent ? Il change beaucoup de choses…

Il faut savoir que les japonais n’ont pas autant de sonorités que nous, ainsi un « la » ou un « ra » s’écrira de la même manière au pays du soleil levant. Cette particularité rend difficile la transcription de mots d’origine étrangère et on peut envisager plusieurs possibilités pour écrire ハイラル en anglais : Hyrale, Hairal, Hyralu, Hylaru… mais certainement pas Hyrule. Alors pourquoi avoir ainsi modifié le nom du royaume ? À mon sens, l’explication se trouve dans les livres d’Histoire.

En effet, notre cher royaume de ハイラル s’orthographie de la même manière (en japonais) que la ville bien réelle d’Hailar, en Mongolie Intérieure. Coïncidence ? Permettez-moi d’en douter. J’en appelle pour preuve que le peuple qui a fondé Hyrule est la tribu ハイリア correctement traduit par Hylia dans la version anglaise. N’est-ce pas plus sensé que les Hylia vivent en Hylar ?

Hailar, dans le monde réel, est aujourd’hui un district d’Hulunbuir mais elle fut pendant longtemps le théâtre de conflits entre le Japon, la Chine et la Russie. Cette ancienne ville est en effet située sur le territoire de la Manchourie et lorsque les Japonais contrôlaient la région ils y avaient bâti un important bunker qui donna lieu à un affrontement sanglant à la fin de la seconde guerre mondiale lorsque les Russes vinrent les déloger.

Difficile de dire si Hailar correspond à une sorte de Verdun ou de Waterloo dans l’imaginaire collectif nippon, mais ce dont je suis sûr c’est que la perte de la Manchourie, associée à la défaite japonaise de la seconde guerre mondiale, a constitué un tournant important de leur histoire. N’oublions pas que Shigeru Miyamoto, le légendaire fondateur de Nintendo, est né dans les années 50 et qu’il a donc grandi dans un Japon qui se relevait difficilement de cette défaite ; sans parler du traumatisme de Nagasaki et Hiroshima. Il est donc plus que probable que le nom d’Hailar soit ressorti consciemment ou inconsciemment lors du développement de Zelda.

Quoiqu’il en soit, il y a fort à parier que pour l’exportation d’A Link to the Past, la branche américaine de Nintendo ait décidé d’éviter toute confusion possible entre Hyrule et Hailar. Après la censure des aspects religieux et violents, une censure politique n’est certainement pas à écarter. De là à penser que l’histoire du jeu est une vision idéaliste du héros japonais retournant en Manchourie pour chasser les forces du mal…

Le casse-tête des noms


On l’a évoqué, mais traduire des noms propres, qu’importe la langue d’origine et de destination est toujours délicat. En effet, un nom a souvent un sens culturel et symbolique, quand il ne s’agit pas carrément d’un nom ou d’une combinaison de noms communs. Mais un nom c’est aussi une identité et une prononciation que l’on souhaiterait conserver pour être au plus près de l’œuvre originale… Ce casse-tête explique pourquoi les noms sont généralement « mal traduits » ou perçus comme tels.

Quoiqu’il en soit, il n’est nulle question de juger ici mais de relever les différences et de les comprendre. Nous avons parlé du cas bien spécifique du royaume d’Hyrule, mais quelques autres noms ont également été modifiés, sans que je puisse véritablement expliquer pourquoi. Sans doute que la prononciation aura été jugée préférable par les traducteurs tout simplement.

Le prêtre アグニム par exemple est devenu Agahnim, alors qu’un Aguhnim ou Aghnim aurait été plus fidèle au nom original. アジナー le descendant des sages qui se cache dans le désert est devenu Aginah, on aurait plutôt imaginé Ajinah. Même si le g peut tout à fait se prononcer j — n’en déplaise aux défenseurs du jif animé (regardez le cas du mot girafe pour vous en convaincre) — le choix du j aurait été plus évident pour assurer la bonne prononciation. Plus étonnant, le bâton de バイラ est devenu le bâton de Byrna. Byra était-il trop compliqué ou s’agit-il d’une bête faute de frappe ?

Niveau localité, on notera les Bois Perdus originellement まよいの森 que je traduirais plutôt par Forêt des Illusions. Il semble que le traducteur ait fait la même erreur que j’ai moi-même faite au départ, mais la forêt perdue s’écrirait plutôt まよい森 à mon sens. Par ailleurs le nom de Forêt des Illusions me fait immédiatement penser à un monde de Super Mario World qui porte ce nom et je ne pense pas que ce soit une coïncidence.

Plus curieux, l’abeille dorée que l’on peut capturer à certains endroits est nommé Bonne Abeille en anglais, alors que son nom japonais est bien おうごんのはち. Même si les traducteurs n’avaient pas le visuel pour s’en rendre compte le nom ne laissait aucun doute. Mais puisque le jeu ne cesse de nous parler de 黄金の力 (force d’or) pour parler de la Triforce, peut-être qu’ils ont décidés d’associer le concept d’or au bien, ce qui a un certain sens. On peut alors se demander, l’abeille n’est-elle pas qu’une simple abeille couleur or, mais une sorte d’incarnation de la volonté des Dieux ? Étonnant !

Passons maintenant en revue quelques items du jeu. Dans le désordre… Bombos s’appelle en réalité ボンバー (Bomber) une référence à Bomberman peut-être ? Quake s’appelle en réalité シェイク (Shake) moins naturel pour les anglais il est vrai. Les Mouffles du Titan sont de simples パワフルグラブ (Powerful Gloves), moins poétique. La Flûte est en réalité un ocarina (オカリナ), était-ce trop méconnu du publique US ? Blue et Red Mail sont en réalité des soit, juste des vêtements et non des cotes de mailles. On se demande comment de simples vêtements peuvent mieux protéger notre héros… Les Canes sont en réalité des つえ soit plutôt des bâtons ou des baguettes éventuellement. Le mot canne donne l’impression qu’il s’agit d’une canne de marche et non d’un objet magique. Le Magic Hammer est le cas le plus cocasse, puisque dans la VO il s’agit bien du マジックハンマー mais lorsqu’on le récupère dans le coffre, il est écrit M、Cハンマー comme le célèbre (du moins à l’époque) MC Hammer. Une référence complètement supprimée de la traduction hélas (sans doute un souci de droit d’auteur, ha !).

L’héritage oublié du jeu


It’s a secret to everybody. Cette phrase de la version américaine du premier Zelda sur NES est devenue emblématique de la série et de la culture vidéoludique. Cette phrase dans sa forme japonaise s’écrit みんなには、ナイショだよ. La traduction est correcte, même si un simple keep it a secret aurait été plus naturel, mais c’est aussi pour cela que la traduction est mémorable. Cette phrase se retrouve presque dans tous les Zelda depuis, et celui-ci ne fait pas exception, malheureusement elle n’apparaît pas dans la forme que nous lui connaissons dans la VA.

Deux personnages cachés dans des grottes et offrant à Link de l’argent, n’ont pour seul dialogue que cette phrase, très reminiscent des Moblins cachés du premier opus donc. Mais les traducteurs ne devaient pas avoir la référence ou ont dû décider de faire quelque chose de plus propre, mais aussi plus long. Ils ont opté pour : Prends quelques rupees, mais ne dis à personne que je te les ai donnés. Garde ça entre nous, OK?

L’ancien voleur qui crochète le coffre verrouillé contenant un flacon nous dit 宝箱を開けてやるからみんなには、ナイショにしてくれないかい il ne s’agit donc pas de la phrase traditionnelle, mais d’une référence plus subtile (traduction : « si j’ouvre ce coffre pour toi, tu garderas ça secret hein ? ») mais étrangement la version US nous donne cette fois-ci la traduction la plus proche de la formule originelle avec : Will you keep it secret from everyone else?

Enfin il y a le cas de la salle secrète… Celle qu’on ne peut atteindre qu’à l’aide d’un bug. Cette salle est utilisée lorsque le jeu ne sait pas où nous envoyer, ce qui n’est donc pas censé arriver. Elle contient quelques Rupees et une plaque de télépathie avec la fameuse phrase dans la VO. Mais en VA elle contient un message d’un certain Chris Houlihan. Mais encore une fois en anglais, la phrase mythique ne se retrouve pas. (My name is Chris Houlihan. This is my top secret room. Keep it between us, OK?) Pour l’anecdote, il s’agit d’un jeune homme qui au début des années 90 avait remporté un concours organisé par le célèbre magazine américain Nintendo Power.

Dialogues de personnages principaux


Parlons de quelques détails qui diffèrent dans les dialogues des personnages principaux. Ces détails ne sont pas primordiaux c’est pourquoi je n’en parle pas au niveau de l’histoire, mais révèlent des petites informations bonus. Zelda par exemple, étant une princesse, parle de son père le Roi en utilisant お父様 un nom respectueux qui sied à son rang. J’aurais de fait préféré une traduction en Père, plutôt que mon père pour ce terme.

Lorsque nous rencontrons enfin Agahnim, ce dernier utilise le suffixe 殿 pour s’adresser à Link. Vous savez peut-être qu’en Japonais on utilise toujours un suffixe derrière le nom d’une personne. Généralement さん qui signifie Monsieur ou Madame. Ce suffixe est particulièrement intéressant car il révèle deux choses : d’abord, c’est un suffixe qu’on utilise plus beaucoup de nos jours, voire plus du tout. Pourquoi ce prêtre utiliserait un langage aussi archaïque ? On le sait, c’est parce qu’il est contrôlé par Ganon, anciennement Ganondorf, enfermé dans la terre sainte depuis plusieurs générations… c’est donc normal pour ce dernier d’utiliser ce genre de suffixe. C’est un détail, mais avec ce simple mot on a la confirmation qu’Agahnim est contrôlé par Ganon et que c’est bien lui qui parle à travers le prêtre…

Deuxièmement, ce suffixe de 殿 s’employait pour parler d’un noble ou d’un samurai. Ganon nous fait donc savoir qu’il a un certain respect pour Link, bien malgré lui. Il reconnaît qu’il ne s’agit pas que d’un enfant, mais bien d’un chevalier. La VA supprime entièrement ce suffixe, ce qui est dommage, on aurait pu imaginer un Sir Link en anglais, et un Sieur Link en français.

Lorsque Zelda est capturée à l’église, il est possible d’aller parler au révérend avant de foncer au château. Celui-ci nous livre alors ses dernières volontés et explique en parlant de Zelda : Ils l’ont emmené au château. Il est intéressant de noter que la version japonaise est bien plus précise et ajoute qu’elle doit être 城の塔の1ばん上にある部屋 (litt. dans la plus haute pièce de la tour) peut-être pour nous éviter de chercher partout.

Enfin, notons que lorsque Link retire la Master Sword de son piédestal et que Sahasrahla le contacte pour le féliciter, il parle ainsi de la lumière qui émane de l’épée そのかがやき全てがお前の力だ ce qui je l’admets est légèrement trompeur. J’aurais tendance à traduire cette phrase par « Cet éclat, est entièrement dû à ta force » sous-entendant que c’est parce que Link est le Héros que l’épée brille et non l’inverse. Pour la version anglaise on a seulement le droit à un simple avec cette épée brillante mais je pense que ma version est la bonne, si c’était la lumière de l’épée qui nous donnait de la force on aurait écrit 全てのかがやきがお前の力だ je pense.

Dialogues de personnages secondaires


Certains personnages saluent Link en disant よう ce qui est parfois traduit par yo mais même si la prononciation est la même, le yo anglais est bien plus familier que le よう japonais qui est une simple abréviation de おはよう (bonjour) et qu’on traduirait donc par salut.

Le voyant qui nous donne des indices sur la progression du jeu commence son dialogue par あなたのカオに良くないソウが出ております ce qui est assez difficile à traduire. J’opterais pour « Je vois sur ton visage de mauvais présages » ce qui a l’avantage de rimer. La version américaine nous dit tu sembles avoir un destin intéressant. Curieux de voir que l’adjectif « mauvais » est devenu « intéressant. »

Pour rester sur le sujet du voyant, il utilise la formule Hocus Pocus en anglais. Une traduction aussi valable qu’une autre, la version originale disant ねあ~んで~るた~る. Il s’agit peut-être d’une référence culturelle que je n’ai pas mais il est assez drôle de remarquer que cela se prononce Neandertal. Les tirets servant à étirer le son (Neaan deer taal…)

Le marchand ambulant qui vend un flacon au village a bien plus de dialogue en anglais qu’en japonais. Au lieu du simple 100ルピーでOKである (je vous le fait pour 100 Rupees) il s’étale et précise Avancez et venez parfaire votre vie ! J'en ai une [bouteille] en promo actuellement pour le très, très petit prix de 100 Rupees ! ce qui lui donne vraiment l’air d’un vendeur de camelote qu’il n’a pas en VO.

Dans le bar du village il y a un homme qui boit un verre et nous raconte avoir vu une très belle/sympathique jeune femme. Un terme un peu plus neutre que le すげ~べっぴんのネエちゃん (suuuper jolie jeune fille) original. Mais ce qui retient mon attention c’est le ういっ qui débute la phrase, un petit hoquet dû à la boisson — hic ! — qui est devenu whoah dans la VA. L’alcoolisme devait être également censuré j’imagine.

Toujours au village, une des maisons a l’entrée bloquée par des herbes qu’il faut couper. Si on parle à son occupant celui-ci nous dit désolé pour mon jardin, il est un peu broussailleux. Il est intéressant de noter qu’il ne s’excuse pas du tout dans la version originale. わざわざ、入りにくい家を訪ねてくれたね se traduirait plus par « Je sais que l’entrée est difficile, je te remercie de me rendre visite quand même. »

Ce même personnage nous parle des Zora qui vivent en haut de la rivière et qui possèdent un trésor. La version anglaise nous explique que ce trésor transforme les gens en poisson, mais la version japonaise ne parle nullement de poisson : これがもう、XXXしい物らしいよ. Et là, la traduction n’est pas évidente. Il ne me semble pas que les japonais ont pour habitude d’utiliser le XXX pour parler de pornographie, ce que ce sigle nous évoque à nous autres occidentaux, surtout qu’il s’agit là d’un jeu tout public malgré tout. Mais la phrase reste étrange, car elle ne dit absolument rien. La meilleur traduction serait « il paraît que c’est une chose qui fait des trucs » c’est dire ! Mais après tout pourquoi pas, il y a un effet comique quelque part qu’un personnage nous parle d’une « histoire intéressante » comme il dit puis finisse avec quelque chose d’aussi vague.

Détails insolites


Le panneau à l’entrée du désert indique en japonais ジライに注意 ce qui signifie « Attention, terrain miné » phrase qui est tout bonnement absente de la traduction. Pourtant il y a bien des mines dans ce désert…

En anglais le vieil homme de la montagne parle d’ouvrir la voie vers le Monde des Ténèbres alors que ce terme n’apparaît que plus tard en VO, dans ce dialogue le vieil homme dit que le prêtre essaie d’ouvrir 魔の力の通路 soit, le passage pour les forces maléfiques. Somme toute une bien légère incohérence.

Si l’on rend visite à Aginah avant d’obtenir le livre de Mudora, il nous explique que celui-ci doit se trouver à la maison des livres. Un choix très curieux du traducteur qui aurait pu dire bibliothèque vous ne trouvez pas ? Sauf que cette particularité se retrouve également dans la VO. Aginah parlant de 書の家 et non de 図書館 comme on pourrait s’y attendre. Là je pense que le choix est dû aux limitations techniques. Les kanji 図 et 書 apparaissent en effet plusieurs fois dans le jeu, mais aucune trace du dernier 館. Cela aurait demandé aux développeurs de créer un sprite de plus pour afficher le kanji et ils n’en avaient peut-être plus la place ! Du coup, ils ont bricolés un mot qui ne prend pas plus de caractères (trois dans les deux cas) et qui veut dire la même chose… mais qui n’est vraiment pas naturel. Je trouve ça assez drôle que la traduction ait conservé ce choix de mot, j’imagine que le traducteur a dû être aussi intrigué que moi.

Il est assez curieux de noter qu’à aucun moment dans le jeu, la version japonaise n’explique ce que sont les plaques que Link peut toucher pour entrer en contact télépathique avec Sahasrahla. La première que l’on trouve est dans le Temple de l’Est, et le doyen nous dit ワシじゃ長老サハスラーラじゃ。お前に、助言をあたえよう (C’est moi, le doyen Sahasrahla. Je vais te donner un conseil.) Alors que la version anglaise ajoute cette phrase : Je peux te parler téléphatiquement quand tu touches ces dalles. Mais je serais curieux de savoir comment elles fonctionnent… d’autant que Zelda aussi est capable de nous contacter ainsi. Dans le Temple des Ténèbres, puis dans la planque de Blind c’est bien elle qui nous parle 私よ、ゼルダよ (C’est moi, Zelda). Mais comment peut-elle faire cela si elle est réduite à l’état de cristal ? Je me demande s’il ne s’agit pas d'un oubli des développeurs qui n’avaient peut-être pas prévus qu’elle soit enfermée dans l’un des cristaux.

Dans la version japonaise, Sahasrahla nous demande d’aller récupérer le premier pendentif (ou armoirie donc) et nous promet nous apprendre quelque chose, de nous raconter une histoire (ワシの知っている話を教えてやろう). Les traducteurs ont dû trouver cela peu alléchant et ont fait promettre au doyen de donner un artefact magique. On sait qu’il nous en donne un (les bottes de Pégase), mais quand même… Par ailleurs il parle de récupérer les trois pendentifs et, seulement en VO, de terrasser les trois démons. Cependant je trouve curieux qu’il dise 3匹 qui est utilisé pour compter de petits animaux. Je ne dirais pas personnellement que Moldorm est un petit animal. Peut-être faut-il alors comprendre qu’il s’agit de démons inférieurs ?

Lorsque nous partons à la recherche de Sahasrahla, le révérend nous dirige vers une maison au village occupée par une vieille femme. On peut supposer qu’il s’agisse là de la femme de l’intéressé, mais… cette dame nous dit あの人は… 家を出てます (cet homme … a quitté la maison). Je trouve ça assez curieux, elle ne dirait pas « cet homme » s’il s’agissait de son mari, mais en même temps elle dit qu’il a quitté la maison, alors ? A-t-il juste déménagé et cette vieille femme s’est installée ici à sa place ? J’ai du mal à y croire. Les traducteurs aussi ont dû se poser la question car ils ont opté pour quelque chose de bien plus simple : Personne ne l’a vu.

Au somme de la montagne, lorsque Link passe le portail pour entrer dans le monde des ténèbres la première fois, il croise deux personnages curieux. Une sorte de démon poursuivant un ballon doué de parole… En réalité des enfants partis à la recherche de la Triforce qui se sont égarés. L’enfant-ballon explique à Link que dans ce monde les gens sont transformés selon ce qu’ils ont dans le cœur et que dans son cas il change souvent d’avis, alors je suis devenu un ballon, ce qui peut sembler très curieux pour nous. Il s’agit en réalité d’un jeu de mot dans la version japonaise, autour de l’onomatopée コロコロ qui est le bruit d’une petite balle qui roule, mais qui signifie également changer fréquemment (d’avis par exemple). Les japonais raffolant de ce genre d’onomatopées pour exprimer des idées dans le langage courant. D’ailleurs vous connaissez peut-être les Gorons de l’univers de Zelda (même s’ils sont absents de ce jeu) ? Figurez-vous que ゴロゴロ est le son que fait un objet lourd qui roule !